Genèse (texte)
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La pierre sacrée (1)
La pierre sacrée (2)
La pierre sacrée (3)
Bibliographie
Annexes
 
 
La découverte de la pierre date du printemps 1992. Elle était couchée dans le lit d'un ruisseau passant au lieu-dit "Le Clos Gilet" sur la commune de Blain, à quelques centaines de mètres de l'atelier dans lequel nous oeuvrions à cette époque. La pierre fut tirée de l'eau puis transportée à dos d'homme. Elle fut ensuite lavée, débarrassée de sa fange. C'est une pierre de forme ovo�de et angulaire.

Lors de nos randonnées pédestres, nous ramassions fréquemment des pierres qui sucitaient un intérêt plastique. C'est alors que nous ne cherchions pas précisément que nous avons trouvé cette pierre qui allait devenir le fondement de notre oeuvre. Nous avons rebaptisé le lieu "champ d'Achoppement" en souvenir de l'heureuse découverte. Sur la berge opposée du ruisseau, juste en face de l'endroit où dormait notre pierre d'angle, nous avons choisi sept pierres de même nature que nous destinons à la rectification d'"Achoppement". Certaines de ces pierres seront finement broyées et liées à une résine pour retoucher notre pierre.

Nous avons effectué un perçage jusqu'au noyau de la pierre à l'aide d'une perceuse à percussion équipée d'une mèche au carbure de tungstène, en raison de la densité du matériau. Ensuite, nous avons fixé sur la pierre une tige d'acier hérissée de vis, telle une colonne vertébrale supportant une tête.

Le 10 juillet 1992, nous avons réalisé un cube de béton pour maintenir en équilibre cette pierre. Nous avons alors provisoirement posé une couronne de barbelés tressés sur cette pierre en forme de tête. Depuis, nous avons décidé de réaliser cette couronne d'épines en or.

Nous avons choisi le lundi de Pâques 1998 de peindre le cube en blanc coquille en trois couches successives. Un rappel de la luminosité du diamant enchassé dans la pierre sera effectué avec deux clous portant des éclats de diamants scellés sur le cube, ceci permettant de dessiner un triangle équilatéral.

En ce qui concerne le piédestal sur lequel repose le cube, il est peint en gris moyen afin d'obtenir une montée au blanc chromatique du support vers la pierre. Ceci est rendu possible grâce au déploiement mis en oeuvre dans l'art de blanchir la pierre

Le traitement polychrome de la pierre n'est envisageable qu'après la révélation de ses facettes par l'action de la lumière. Les traits anthropomorphes d'"Achoppement" seront mis en valeur par une lampe halogène dans un tube blanc. Il est également indispensable que la lumière intérieure des pierres enchassées apparaisse au spectateur.

"Achoppement" est une pierre quadrifaciale que nous renvoyons aux quatres phases de l'opus christique. Nous avons choisi de traiter :
- une face dite Transfiguration. C'est la première face à traiter car c'est la première étape de l'Art Sacré. La montée au blanc se fait avec un blanc très pur sur la paupière.
- une face dite de la Passion. La seconde face correspond aux outrages subis par le Christ. Par ordre d'apparition, les couleurs utilisées sont le rouge (dominant), puis le noir et enfin le blanc.
- une face dite Golgotha. Cette face correspond à la mort; la référence iconographique étant le crâne. Le noir y est dominant, puis le rouge et enfin le blanc.
- une face dite de la Résurrection. C'est la phase sublime de l'oeuvre. Elle est intégralement traitée avec un blanc pur.

Le repiquage des volumes et des grandes lignes de la pierre s'effectue avec des pigments colorés voire des terres. Notre palette est constituée de :
- noir de fumée
- terre de sienne (naturelle et br�lée)
- vermillon
- ocre jaune
- blanc de titane

"Achoppement" est toujours en métamorphose et voie d'accomplissement.

Loin d'être anonymes, toutes nos pierres constituent un ensemble dans nos recherches sur les volumes, les couleurs et parfois sur la façon de les rectifier. Elles se distinguent en trois catégories : celle des assemblages, celle des collections et celles des interventions plastiques. "Achoppement" doit être considérée comme un aboutissement dans nos recherches sur le sujet.

Les assemblages les plus spontanés que nous ayons réalisés sont certainement ceux que nous avons créés au détour d'un chemin en posant chacun une pierre, édifiant ainsi un petit monticule, comme une borne pour marquer un territoire. Les assemblages sont également des agencements de pierres blanches que nous avons choisies et placées dans notre jardin. Ce choix de la blancheur symbolise la pierre portée à sa perfection dans le but de sacraliser un lieu.

En récupérant des palis de schistes bleus, nous avons recréé dans ce même jardin une table et un banc antique près d'un noyer centenaire. Plus tard, nous avons disposé autour de cet ensemble un massif ovale de pierres plates de même nature. Nous verrons ensuite comment nous avons utilisé cet assemblage pour le support d'une oeuvre d'art originale.

Les collections de pierres sont assez variées. Les cailloux blancs que nous ramassions dans l'allée du jardin sont la base d'un alphabet singulier. Les nombreux signes qu'ils portent constituent en effet une écriture mystérieuse. Nous avons conservé plusieurs exemplaires de ces pierres portant des chiffres, des symboles ou des lettres.

Une autre série de pierres à l'origine d'une collection fut sélectionnée sur une ancienne ligne de chemin de fer. Il s'agit de grès, de pierres volcaniques et de pierres avec des cristaux de quartz. On ne peut comprendre le choix de telle ou telle pierre sans admettre qu'elle provoque une forte émotion chez celui qui la recueille. A ce moment précis, nous avons le sentiment d'avoir découvert une "pierre précieuse" qui éclipse toutes les autres. Cette pierre renvoie un écho tellement exclusif au plus profond de notre inconscient, que s'il nous venait à l'idée de nous en séparer quelques minutes plus tard, le sentiment de la "pierre précieuse" s'estompant, nous aurions l'impression de commettre un sacrilège en la rejetant. Ainsi, il nous est arrivé de replacer une telle pierre dans son univers, exactement à l'endroit où nous l'avions prélevée. Les pierres conservées quant à elles, sont ensuite lavées puis exposées sans être retouchées. Elles trouvent leur place sur un bureau, l'étagère d'une bibliothèque ou dans un coffret de collection.

Une de ces pierres trouvées sur la ligne de chemin de fer, est devenue la "pierre des petits oiseaux". Il s'agit d'un cube minéral gris irrégulier, zébré de lignes de quartz blanc. Ayant pris pour habitude de proposer des graines aux oiseaux de notre jardin blinois près de la pierre précédemment décrite, nous avons perpétué le rite à Théhillac, puis à Saint-Nicolas et enfin à Saint-Jacut. Notre action n'est pas seulement nourricière à l'égard de ces oiseaux, avec lesquels nous nous sommes fraichement familiarisés dans un nouveau lieu, puisque nous leur proposons un perchoir qui appartenait à leurs congénères. Plus qu'un simple objet, cette pierre est devenue un symbole de partage de notre univers minéral avec les oiseaux.

La dernière catégorie de pierres comprend toutes celles qui ont été, sont ou seront rectifiées par une intervention plastique. Ces pierres sont parfois issues des catégories précédentes. Revenons à cet assemblage de schistes bleus, installé dans notre ancien jardin. Une oeuvre à la craie a été réalisée sur ce support d'ardoise en table primitive. Il s'agit d'une évocation non-figurative de l'archétype de la Mère dont le titre "Matrice", évoque la démarche esthétique effectuée à partir de "l'orifice ombilical" présent sur le plateau de pierre principal. Cette oeuvre spontanée, éphémère est formatrice pour la genèse d'"Achoppement", puisqu'elle est guidée par le respect des veines et aspérités de la pierre.

Autre exemple, un galet ovo�de découvert sur une plage fut habillé de pâte à dorer. Puis, nous avons formulé le souhait de faire évoluer sa destinée symbolique quelques années plus tard en �tant le revêtement doré. Cette intervention permit de mettre à jour les ellipses croisées naturelles finement gravées du galet. Au crayon blanc, nous avons effectué une recherche en appuyant et rectifiant certaines lignes, donnant ainsi une autre dimension plastique à cette pierre.

Nous avons d'autre part récupéré l'"oeuf" d'une pierre de taille, sa partie centrale ovo�de, que nous avons recouvert de pâte à dorer. Cette pierre a depuis été exposée avec le galet précédemment évoqué. On pourrait alors reparler d'assemblage pour ces deux éléments minéraux qui ont en point commun leur forme et une intervention plastique.

Nous avons vu que les pierres font partie non seulement de notre univers créatif mais aussi de notre quotidien. Vous découvrirez page suivante quelques photos qui illustrent notre démarche.



 

artetalchimie
01/07/03