La pierre sacrée (2)
Au lecteur
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Genèse (photos)
La pierre sacrée (1)
La pierre sacrée (2)
La pierre sacrée (3)
Bibliographie
Annexes
 
Symbolique de la pierre dans la Bible

Dans l’univers biblique, il est nécessaire de dissocier l’utilisation idolâtrique de la pierre par les peuples voisins d’Israël dans l’Ancien Testament, de l’utilisation transcendante des stèles érigées par les patriarches, tel Jacob à Béthel. Dans ce dernier cas les pierres utilisées sont non taillées, si ce n’est par la « main » de l’Éternel, devenant ainsi un instrument de sanctification de la terre. Selon la Tradition, « la pierre taillée n’est en effet qu’œuvre humaine; elle désacralise l’œuvre de Dieu, elle symbolise l’action humaine substituée à l’énergie créatrice ». En comparaison, il est troublant de constater que le paganisme préhistorique par exemple, retient l’idée que certaines pierres brutes choisies et dressées ont le pouvoir de régénérer la terre.

La pierre de la Bible est avant tout une pierre-mémorial, une pierre servant de témoignage et d’alliance entre Dieu et les hommes (Josué à Sichem) ou pour les hommes entre eux (traité entre Jacob et Laban). Le fondement de la paix repose donc sur une pierre témoin, une borne sur laquelle l’homme orgueilleux ou belliqueux vient buter.

Cette pierre d’achoppement est présente dans de nombreux passages de la Bible. Ainsi, l’Éternel est un rocher de scandale pour les deux maisons d’Israël dans la prophétie d’Isaïe. Ceci trouve son accomplissement dans la figure christique de Jésus lorsqu’il nous oblige à choisir entre la lumière et les ténèbres. Le Christ devient une pierre d’achoppement pour ceux qui refusent de suivre la parole de Son Père. Mais cette « pierre méprisée par les bâtisseurs est devenue tête d’angle » selon Matthieu. La pierre angulaire qui semblait inutile pour la construction de la citadelle, a été placée « à l’angle d’un rempart d’où on peut la basculer sur l’assaillant », et « celui sur qui elle tombera elle l’écrasera ».

C’est donc contre toute attente et contre la sagesse humaine que Dieu déclare par la voix d’Isaïe : « Me voici, je fonde en Siôn une pierre, une pierre d’examen (bien choisie), angle de cherté, fondé au fondement. » car «celui qui la prendra pour appui n’aura point hâte de fuir ».« C’est un prodige à nos yeux », car Christ est « tête d’angle » et « pierre de fondement ». Cette déduction a profondément motivé notre choix d’apposer le titre d’ « Achoppement » sur notre pierre angulaire, celle-ci étant précisément le chef d’œuvre et la pierre de fondement de notre « Œuvre au Blanc ».

La pierre « fondement-achoppement » est le sujet-clé de l’alchimie. Longtemps considérée comme une activité subversive, l’alchimie a été depuis reléguée à tort au rang des mystifications. Cependant, la Tradition demeure et quelques adeptes poursuivent leurs travaux à l‘abris des regards indiscrets. Loin d’être indifférent au message évangélique, l’alchimiste ne peut entreprendre le Grand Œuvre, percer l’arcane la plus élevée de la compréhension de la nature, sans invoquer l’aide de Dieu.


La pierre, matière première de l’œuvre alchimique

Au premier abord la pierre des alchimistes semble insignifiante, chétive (lapis exilis) « et c’est pourquoi tous ceux dont l’intelligence est orientée vers les valeurs de ce monde sont incapables de reconnaître ce joyau ». Elle peut aussi briser l’adepte engagé sur la voie du Grand Œuvre s’il ne parvient pas à la rectification de la pierre. Cette dernière doit passer d’une fonction d’obstacle à celle d’appui.

On ose peu la représenter à l’état brut tant elle paraît « informe et vide ». Pourtant cette pierre possède déjà l’étincelle du sceau divin, révélée seule à l’initié méditatif. A ce stade, « la pierre est encore considérée comme androgyne, l’androgynat constituant la perfection de l’état primordial. Est-elle taillée, les principes se séparent ». Sa représentation symbolique est donnée par l’image d’un cône inversé posé sur un cube. La pierre conique correspondrait à l’élément masculin et la pierre cubique à l’élément féminin.

Quoi qu’il en soit la pierre est souvent présentée comme encéphale. Les alchimistes grecs ne se baptisaient-ils pas « enfants de la tête d’or»? L’adepte est donc sur la voie du Grand Œuvre lorsque sa pierre ressemble au « vase du cerveau », car « le cerveau est la demeure de la partie divine ». « Triangulaire de forme, il est l’organe qui est le plus proche de la simplicité de l’âme; il est ainsi le pont vers la transformation spirituelle».

artetalchimie
01/07/03